Visite médicale Pilote

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Visite médicale Pilote

Message par pilotax » Dim Mars 18, 2007 10:33 am

La visite médicale du pilote privé

Mon cher débutant,

Même le mot « cher» est de trop, tellement il est évident que tu l'es à nos coeurs?

Il y a quelques temps, tu m'as posé une colle, qui m'a demandé un peu de temps pour réfléchir. Une de ces colles un peu collantes qui fait ton charme. Voilà : tu m'as dit, autour d'un avion : « Je ne comprends pas. L'avion, y'a des mécanos (sympa), autour de lui. De temps en temps, on trouve un bout de tuyau, qu'on change juste parce qu'il est " oh, pas vieux " juste un peu âgé. Le mécano, ou LA mécano, parce que maintenant, ça se dit aussi au féminin, il ou elle passe son temps à chercher des criques dans les durites, des fuites dans les valves, du mou dans les trains ou des raideurs dans les câbles, ou l'inverse - , des électrons qui prennent pas le bon chemin dans les fils, bref, toutes les 50 heures, 100 heures, 117 heures et, tous les ans, 3 ans, 5 ans, l'avion passe entre les mains du (de la) mécano. Et si quelqu'un l'a malmené ? et comme toi, toute honte bue, l'as dit , le (la) mécano s'en occupe encore, vérifie, revérifie tout. Le pilote, lui, il est bon à vie. On ne le révise jamais. On ne l'examine jamais. Explique moi ! ».

Mais si, débutant vénéré, rassure-toi. Le pilote, est vérifié. Ce n?est pas que cela lui plaise beaucoup d?ailleurs? Laisse moi te dire maintenant selon quelles règles, pourquoi et comment.

Selon quelles règles ?

Prends un comprimé d?aspirine sous la main.

Deux ensembles de règlements nous tombent dessus ; l?un est resté franco-français, l?autre est européen.
Pour le pilote privé, comme toi et moi, on reste français. Pour les GRANDS, les professionnels, comme ma petite femme à moi, c?est le règlement européen. Ne me demande pas pourquoi car je n?en sais fichtre rien. Je suppose que pour les « privés », personne n?a pu se mettre d?accord, ou alors nous sommes trop petits et tout le monde s?en fiche. Bref, à ce jour, l?« européanisation » des règlements n?a pu se faire que pour les grands. Dans l?avenir ? Je ne sais pas lire dans le marc de café.
Donc : les GRANDS sont européens et les p?tis sont français : pour eux, c?est l?arrêté médical du 2 décembre 1988 (modifié) qui s?applique.
Pour être complet, il existe une troisième race de pilotes et de règlements : il s?agit des tout petits pilotes des tout petits avions : les avions s?appellent des ULM (Ultra-Légers Motorisés) et ? vois comme sont les choses - les pilotes aussi ; mais pour eux, ULM, ça veut dire Utilisation Loin du Médecin parce que, eux, aucun règlement ne prévoit qu?ils passent une visite médicale. Ne me demande toujours pas pourquoi : mon ignorance est sans limite. Mais ce que je sais, c?est que, chez eux, il y a de la casse.

Qui est habilité à examiner les pilotes ?

Des médecins habilités par la Direction Générale de l?Aviation Civile (n?oublie pas les majuscules partout). Quels médecins peuvent être agréés ? Entre autres qualités, ils doivent être titulaires d?un diplôme adéquat ; ce diplôme est délivré soit par une faculté de médecine (Paris, Tours, Nancy et le groupe Bordeaux-Toulouse), soit par l?armée, à Brétigny-sur-Orge. Tu as de la chance de me rencontrer : à Paris, c?est moi qui m?occupe de ce fameux diplôme. Nous y formons au moins la plupart des médecins agréés en France. Les militaires ont une formation comparable, souvent même avec les mêmes profs.

Et la visite médicale elle-même ?

Elle est à deux niveaux : la visite d?admission, la première de ta carrière aéronautique puis les visites révisionnelles.

À ne pas oublier : il s?agit d?un acte d?expertise médicale et non pas d?un acte de soin. Le médecin agit comme expert pour le compte de l?administration. Les règles ne sont pas les mêmes que pour une visite médicale de soins.

La visite médicale d?admission est très complète. On te demandera tout, tes secrets (médicaux !!!) les plus intimes. Bien sur, comme c?est la première visite, tu n?auras pas encore pris le réflexe de répondre au bon docteur que tout va bien sur tous les points? Mais ça vient vite? et le docteur nouvellement agréé comprend vite, lui aussi?

Mais n?oublie pas que tu as ta carte d?identité à la main et que tu SIGNES tes déclarations !

Ici, je veux te préciser deux choses que tu n?imagines peut-être pas. Dès la visite médicale passée, que tu sois apte ou inapte, le médecin transmettra ta fiche au bureau médical de la DGAC ; ne lui reproche pas : il n?a pas le choix. C?est pour éviter que ceux de nos frères et s?urs pilotes, trop fana et qui « comprennent » trop vite, prennent rendez-vous chez un autre médecin et lui cachent ce qu?ils avaient maladroitement avoué au premier. Dans quelques temps, tout cela passera par Internet (?uf corse), en temps réel par des lignes sécurisées ? on m?a parlé de protocoles https ; il paraît que c?est super et que la CNIL est contente.

Bon, tu as eu ta visite d?admission. Tu auras ensuite des visites révisionnelles ; elles seront moins interrogatives puisque le bon docteur pourra (en temps réel) puiser ton dossier précédent dans le fichier (sécurisé, https-isé, CNIL-isé) de la DGAC et il saura tout de toi, tout, tout, tout.

Tout les combien ? ça, c?est simple : si tu as passé une visite jusqu?à la veille de l?âge canonique, tous les 2 ans. Pour une visite médicale passée à partir du jour de l?âge canonique, tous les ans. Mais ce fichu médecin, s?il te trouve un peu vrillé, peut limiter la durée de ton aptitude à une valeur inférieure.

La règle commune ? Ton aptitude médicale est valide jusqu?au dernier jour du mois de la visite. Avant l?échéance suivante, tu as 45 jours pour passer une nouvelle visite. Si tout est bon, tu as ta prolongation de 1 ou 2 ans selon ton âge, par rapport à l?échéance précédente de validité. Par contre :
1) si le médecin devait te reconnaître inapte, tu serais inapte immédiatement (la validité de ta licence précédente est immédiatement annulée). Si tu volais quand même avec ton certificat précédent et que tu aies un contrôle ou un accident, tu serais considéré comme volant sans licence ? et ça te coûterait très, très cher. Je te rappelle que le médecin doit transmettre immédiatement son avis d?aptitude à la DGAC.
2) si le médecin t?a mis une limitation d?aptitude, alors elle est valable de date à date et non pas jusqu?à la fin du mois.

Je te donne 2 ou 3 exemples :
Tu as 22 ans (et dans nos c?urs, c?est pour l?éternité). Donc tu as droit à une durée de validité de 2 ans pour tes visites.

Tu as passé ta visite d?admission le 8 mars 2006 : elle est valide jusqu?au 31 mars 2008.
En 2008, tu auras entre le 15 février (45 jours avant le 31 mars 2008, qui est une année bissextile) et le 31 mars pour passer ta visite médicale.
Admettons que tu passes ta nouvelle visite le 18 février 2008 et
- tout va bien : la validité sera prolongée jusqu?au 31 mars 2010,
- tout va mal : tu sera inapte tout de suite, le 18 février 2008,
- tout ne va pas très bien et le médecin te dit « 1 an » : ton aptitude sera valide jusqu?au 17 février 2009 (un an jour pour jour à compter du 18 février 2008).
Admettons que tu aies été trop pressé (on te connaît !) et que tu passes ta visite le 13 février 2008 : tu ne seras apte que jusqu?au 28 février 2010. Tu auras perdu 1 mois d?aptitude.
Ou au contraire, trop occupé par tes très nombreux ami(e)s, tu as laissé passé la date limite et tu vas à la visite médicale le 10 avril 2008 : tu n?as donc pas pu voler du 1er au 10, et ton nouveau certificat sera valide de ce jour 10 avril 2008 jusqu?au 30 avril 2010.

Besoin d?aspirine ?

Passé l?âge canonique, tu remplaces tous les « 2 ans » par « 1 an ».

Si tu as un copain ou une copine qui joue dans la cours des GRANDS (pilotes professionnels), tout ce que je viens de t?écrire est vrai, sauf que tu remplaceras « 2 ans » par « 1 an » et « 1 an » par « 6 mois ».

Au fait, pour les filles, l?âge « canonique », c?était paraît-il celui à partir duquel une femme pouvait être « bonne de cure » (servante du curé) car suffisamment vieille et flétrie pour ne pas induire le saint homme en tentation ; ayant 22 ans, tu as donc encore 18 ans devant toi pour échapper au service de la cure? ou pour devoir voir le médecin tous les ans pour ta licence PPL !

Et la visite médicale elle-même ?

Bof? ben il s?agit de répondre point par point à toutes les questions que tu m?as posées il y a quelque temps. En fait, la philosophie de la visite médicale d?aptitude, c?est de donner le maximum de chances ? aux passagers de rester en vie.

Ton corps sera donc examiné selon trois grands critères :

1er critère : es-tu adapté à la conduite d?une aussi belle et coûteuse machine, avec des gens dedans et des gens dessous ? J?examinerai ta vue et ton audition. Je regarderai si tu as tes deux pieds et tes deux jambes, et s?ils me semblent être normaux et fonctionner de façon normale. Ne rigole pas ? on a vu de ces trucs, chez les médecins? Au-delà de certaines limites, je serai obligé de déclarer que tu ne « remplis pas les conditions exigées par l?arrêté du 2 décembre 1988 modifié ». Ces limites, tout le monde les conteste, bien sur, surtout les plus mirauds, mais l?expert patenté du gouvernement ne peut pas les modifier.

2ème critère : es-tu adapté à la vie dans un environnement aéronautique, normal ou exceptionnel ? Je te donne un exemple : certaines personnes ont des problèmes de respiration. En altitude, tu le sais comme moi, la pression de l?air diminue. Les gens normaux, comme toi et moi, supportent une exposition raisonnable à l?altitude. Mais quelqu?un qui a un léger déficit respiratoire ne supporte rien de l?altitude. Je connais bien ce sujet car, dans les avions de ligne, la pression (l?altitude) dans la cabine n?est pas celle de nos chers (très chers?) terrains parisiens, mais celle de Mexico-City (2300 m) ; quand des insuffisants respiratoires légers, ou simplement quelques-uns de nos aînés, restent longtemps en vol dans la cabine, ils ne vont pas forcément très bien.

Un autre exemple : tu veux faire de la voltige. C?est très chouette. Mais, pour le c?ur, une séance de voltige, c?est exactement l?équivalent d?une épreuve d?effort maximale. Toi, tu vas bien, mais si mon pilote est un mâle d?âge canonique et qui fume, je réfléchis un peu?
Et même sans parler de la voltige, tu n?oublies pas que le petit avion, il faut le tracter dans et hors du hangar.
Je ne multiplie pas les exemples et je passe à mon

3ème critère : présentes-tu un risque d?incapacité subite ou subtile en vol ?
« subite » : c?est clair : tu tombes dans les pommes
« subtile » : quelque chose t?empêche d?être à ton meilleur niveau de performance.

Cela, c?est l?examen général à la recherche de maladies diverses et variées. Un exemple : une anomalie de fonctionnement de la glande thyroïde. Elle ne fonctionne pas assez : tu deviens mou, frileux, inefficace ? pas terrible. Elle fonctionne à régime trop élevée : tu deviens agité, nerveux, incapable de fixer ton attention mais, surtout, tu risques un emballement cardiaque (apparition de « troubles du rythme et de la conduction », dont on sait aussi que l?altitude peuvent les provoquer). Même si tu te sens bien, je ne pourrai pas te laisser voler avec cela.

Là encore, je pourrais multiplier les exemples : je chercherai si ton c?ur va bien, les vaisseaux sanguins aussi (pense à la question : troubles veineux des membres inférieurs et accélérations de la voltige aérienne ? risque majeur de perte de conscience). Et puis, chez nos anciens, je chercherai un peu tous les « outrages » de l?âge, à commencer par le plus pernicieux d?entre eux, le plus difficile à détecter, le plus difficile à annoncer : le début de la sénilité. Car, comme le disait un de mes amis (ancien?) : « être sénile, c?est comme être cocu, on est le seul à ne pas le savoir? ». Or, en France, nous avons admis de ne pas mettre de limite d?âge ; pour tout dire, nous avions des pressions pour le faire et je fais partie de ceux qui, au Conseil Médical de l?Aéronautique Civile, ont plaidé pour que cela ne fût pas. J?ai cependant conscience qu?il appartient alors à chacun d?entre nous, pilotes, médecins, dirigeants d?aéro-clubs, de jouer le jeu en arrêtant de voler ceux qui ne le peuvent plus. Tu vois bien que la limite administrative, arbitraire, contre laquelle tout le monde peut pester, est intellectuellement plus confortable que la décision à prendre à regret.

Je vais stopper là ma réponse. Je voudrais que tu n?oublies pas deux principes absolus de l?expertise : le médecin expert est, pendant qu?il t?examine, un agent de l?état, responsable de sa décision, et les juges le savent? Le deuxième principe est que, en cas de doute, le doute profite? aux passagers !

Enfin, visite d?expertise ou visite de soin ? Un bénéfice de cette visite très scrupuleuse a été, dans un certain nombre de cas, la détection, non encore faite, d?anomalies de santé qui exigeaient une action rapide. Secret médical oblige, mais tu connais certains d?entre eux.

J?ai, mon cher débutant, parfois été obligé de conclure « ne répond pas aux critères? ». Mais j?ai, bien plus souvent, pu terminer ma visite par un joyeux « bons vols ». Et, crois moi, cela fait rudement plaisir.

Pr Henri Marotte,
directeur de la capacité de médecine aérospatiale de Paris,
membre du conseil médical de l?aéronautique civile,
et, comme nul n?est parfait, pilote privé d?avions
et membre "par alliance" de l'ACOP

Arrêtez de prendre la vie au sérieux, de toute façon, vous n'en sortirez pas vivant......!!!!!! :rire:
Il faut éviter de rajouter de la merde, à la merde existante
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